BON A SAVOIR
LAPALISSE

LAPALISSE
Texte écrit par Marc BERTELS

Il paraît que je suis pointilleux, méticuleux, terre à terre, matérialiste,…
Je suis d’accord !
Si on a décidé d’écrire « chapeau » sans chapeau, il faut l’écrire sans accent circonflexe.
Si on ne met point de point sur le « i », c’est une faute d’orthographe.
Si un ingénieur, après de longues années d’étude, a souhaité placer une rondelle « grower » plutôt qu’une rondelle plate, c’est qu’il avait ses raisons.
Bref, j’aime qu’on appelle un chat un chat.

Il en va de même pour les expressions et vérités historiques.
Ainsi, mes poils se hérissent lorsque j’entends cette expression : « Monsieur de la Palisse en aurait dit tout autant ».
Pourquoi ? Parce que c’est une erreur historique, tout simplement.
Laissez-moi vous conter une histoire que vous n’oublierez pas de sitôt.

* * * * * * * *

Jacques II de Chabannes fut un maréchal de France (1470 – 1525).
Capitaine exemplaire, il participa à de nombreuses batailles sous Charles VIII et François Ier. Il était le « Seigneur de La Palice ».

Vous l’aurez compris, Lapalisse (il existe deux manière de l’écrire) est une ville de France. Elle est située en Auvergne et est aujourd’hui le chef-lieu du canton de l’Allier dans l’arrondissement de Vichy. Arrosée par la Besbre, Lapalisse est considérée comme une « ville-étape » sur la célèbre « Nationale 7 ».

Mais d’où vient donc cette expression ? Qu’est-ce qu’une « lapalissade » ?

Il faut se déplacer en Italie au 16ème siècle, plus précisément à Pavie dans le nord de la Lombardie.
Les français, dont le capitaine Jacques de Chabannes, y furent vaincus par les « Impériaux » et François Ier y fut fait prisonnier. C’est à Pavie que le Seigneur de La Palice mourut.

Les lapalissois qui se battaient aux côtés de leur seigneur furent éblouis, épatés, envieux par son courage, sa fougue, sa rage de vaincre, …
Malheureusement, sa bravoure ne fut pas suffisante.
Il fut fait prisonnier et tué stupidement par un espagnol suite à une querelle entre celui-ci et un italien au sujet de sa capture.

De retour au pays, ses troupes voulurent lui rendre un brillant hommage. Ils créèrent une complainte populaire dont voici un extrait :

« Hélas, La Palice est mort
Il est mort devant Pavie
Hélas s’il n’était pas mort
Il ferait encore envie »

La personne désignée pour transcrire les paroles de cette chanson était-elle saoule ou avait-elle oublié ses lunettes ? Est-ce que certains plaisantins ont délibérément transformé la complainte pour la rendre loufoque ? Les avis sont partagés.
Quoi qu’il en soit, le dernier vers de la complainte devint :

« Il serait encore en vie ».

La première lapalissade de l’histoire était née :
« S’il n’était pas mort, il serait encore en vie » !!!

Par extension, chaque fois qu’une personne exprime une affirmation évidente qui prête à rire, on peut parler d’une lapalissade.

Mais alors, pourquoi mes oreilles vibrent-elles lorsque j’entends l’expression « Monsieur de La Palice en aurait dit tout autant » ?

Si vous avez bien lu ce qui précède, d’une manière chronologique, c’est historiquement impossible étant donné que les premières « lapalissades » sont nées après sa mort…

A bon entendeur… Salut !